« Cela fait mal au cœur de voir un enfant arriver au Cm2 et ne pas passer l’examen parce qu’il n’a pas d’acte de naissance » Entretien avec Daouda Sidibé, Adjoint au maire de Kolda

Daouda Sidibé

Daouda Sidibé est le 1er adjoint au maire de la commune de Kolda.

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Extraits

Le système éducatif souffre encore de nombreuses classes en abris provisoires. Ils sont estimés à 1450 classes d’après les statistiques de l’Inspection d’Académie. Quelle analyse faites-vous de cette situation ?

C’est vrai que les abris provisoires constituent une préoccupation au niveau du département voire de la région de Kolda. Mais pour ce qui concerne la commune de Kolda, au niveau des écoles élémentaires, nous ne sommes pas confrontés à ce problème d’abris provisoires dans une grande ampleur. Des écoles sont construites mais il manque des classes. Nous avons plutôt des problèmes de salles de classe par rapport aux effectifs pléthoriques. L’accroissement de la population va avec des besoins de construction de salles de classe.

Quelle est votre démarche pour que les enfants puissent recevoir un enseignement de qualité dans la commune ?

L’éducation est une compétence transférée et partagée. Le maire de la commune de Kolda, Abdoulaye Baldé, a pour conseiller en la matière le directeur de l’éducation et la formation de la région qui lui donne de très bons conseils pour qu’il puisse assurer le bon management de ces compétences transférées. Au niveau de Kolda, nous faisons beaucoup d’efforts, de concert avec l’inspecteur d’académie. Chaque année, nous donnons d’importants lots de fournitures scolaires aux élèves des écoles élémentaires de la commune de Kolda.

La question de l’état civil s’ajoute aux maux dont souffre le système éducatif à Kolda. Qu’en est-il dans votre localité?

C’est vrai que c’est un problème. De notre côté, nous créons les conditions. Pour les parents, la première des choses à faire lorsqu’on a un enfant, c’est de le déclarer.  Souvent, certains parents ne déclarent pas leurs enfants. Ils attendent que l’enfant soit à l’école et qu’il arrive en Cm2 où il a l’obligation de présenter un papier d’état civil pour commencer les procédures. A ce moment, le processus prend du temps car la déclaration est alors gérée par deux ministères.

C’est maintenant aux parents de faire des efforts pour nous permettre de résoudre ce problème

Beaucoup d’efforts sont en train d’être faits. Avec les partenaires qui nous accompagnent, nous avons effectué beaucoup de campagnes de sensibilisation. Aujourd’hui, tous les délégués de quartier ont des cahiers qui leur permettent de recenser tous les événements qu’il y a dans le quartier, que ce soit un mariage, un décès, un baptême.

Nous avons un système performant dont on loue la fiabilité. C’est maintenant aux parents de faire des efforts pour nous permettre de résoudre ce problème. Cela fait toujours mal au cœur de voir un enfant arriver au Cm2 et ne pas passer l’examen parce qu’il n’a pas d’acte de naissance. Pour moi, c’est un délit. L’enfant n’a aucune responsabilité dans cette affaire. Les parents doivent éviter cela. On ne connaît pas de problèmes d’accessibilité des écoles. Tout est une question de responsabilité et de culture. C’est inimaginable qu’à l’heure où nous sommes, un enfant de la commune de Kolda ne soit pas déclaré.

Quelles sont les limites qui réduisent l’impact que peut avoir le maire dans sa communauté?

Il y a beaucoup de collègues maires qui se plaignent. On dit que l’éducation est une compétence transférée alors que souvent, il y a des constructions qui sont pilotées depuis le Ministère de l’Éducation nationale. Les maires se réveillent et voient des constructions dans leurs communes sans qu’ils en aient été informés. Et lorsque l’entrepreneur tarde à réaliser les travaux, tu as du mal à faire le suivi parce que tu ne sais pas à qui t’adresser. C’est un problème.

On dit que l’éducation est une compétence transférée alors que souvent, il y a des constructions qui sont pilotées depuis le Ministère de l’Éducation nationale

C’est la même chose avec la gestion des ordures. L’Unité de coordination et de gestion des déchets (UCG) fait un excellent travail mais souvent, c’est au niveau de Dakar que les décisions se prennent. Du coup, les communes ont les mains liées et elles n’ont pas de véritable pouvoir d’action. Or, nous estimons que pour une territorialisation au sens propre et plénier du terme, beaucoup de politiques publiques doivent être gérées par les maires, qu’il y ait une gestion de proximité pour plus d’efficacité.

Selon vous, quel doit être le rôle d’un parti politique ancré au niveau local dans la vie de sa communauté?

Nos partis politiques ont délaissé une vocation importante qu’est la formation

Nos partis politiques ont délaissé une vocation importante qu’est la formation. Un parti politique  doit avoir des militants. N’est pas militant qui veut. Un militant est formé, il croit en des idéologies. Mais malheureusement, nos partis ont délaissé cette vocation première. C’est la raison pour laquelle on assiste de plus en plus à un clientélisme politique. Dans les partis politiques, il y a plus de clients que de militants. Ceux qui militent dans les partis politiques ne connaissent absolument rien de l’idéologie du parti.  Ils sont là pour suivre une personne. Or, un parti doit dépasser les Hommes et représenter une philosophie, une idéologie. Mais ce n’est plus le cas. Si l’on veut que les partis politiques puissent jouer le rôle qu’on attend d’eux, il faut qu’ils puissent former la jeunesse.

 

Crédit photo: Senenews

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