« Dans toutes les structures sanitaires du département, les personnes atteintes de VIH peuvent faire de la surveillance épidémiologique » Dr Thierno Dièye, premier adjoint au maire de Kaolack

Dr Thierno Dièye

Dr Thierno Dièye est médecin et 1er adjoint au maire de Kaolack.

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Extraits

Quels sont les acquis au niveau de Kaolack dans la mise en œuvre de la Couverture maladie universelle (CMU) ?

Les populations sénégalaises ne savent pas ce que l’État a vraiment fait pour elles avec la création de la CMU qui est une opportunité mais aussi une demande sociale. Donner à quelqu’un la possibilité de cotiser 3500 francs par an, et faire contribuer l’État pour le reste de la prise en charge de cet individu, c’est une aubaine.

Donner à quelqu’un la possibilité de cotiser 3500 francs par an, et faire contribuer l’État pour le reste de la prise en charge de cet individu, c’est une aubaine

Dans un contexte où les structures sanitaires sont quasi inexistantes, pensez-vous que les populations locales sentent l’utilité de cette couverture maladie universelle ?

Je ne poserai pas la question de cette manière. Le Sénégal a un bon maillage sur le plan sanitaire. Dans chaque département, il y a un hôpital ou un centre médical. Chaque arrondissement au Sénégal dispose de postes de santé.  Kaolack est un bon exemple, l’État s’était efforcé non seulement de mettre en place des structures sanitaires dans les villages les plus reculés mais nous avions aussi demandé d’accompagner les structures sanitaires qui ont un besoin d’ambulances. En présence du gouverneur de la région Dakar, l’État a distribué au moins 12 autres ambulances pour faire le maillage d’ici à Kaffrine, Nioro ou Guinguinéo.

Quelle est la place de la sensibilisation pour réduire la prévalence des MST et VIH ?

Nous faisons le plaidoyer dans toutes les institutions, dans tous les rassemblements. C’est très important parce qu’on a la culture de la polygamie. Dans la culture de la polygamie, on peut croire sincèrement qu’on est sain alors qu’il faut se faire contrôler pour déclarer qu’on est sain. Quand on te contrôle, on peut trouver un individu propre sur le plan vestimentaire mais sur le plan de son corps, il ne se connaît pas. On est sujet à toutes les maladies possibles quand on vit comme ça et qu’on ne se dirige pas vers le spécialiste qui va confirmer ou infirmer ce que l’on a.

Dans la culture de la polygamie, on peut croire sincèrement qu’on est sain alors qu’il faut se faire contrôler pour déclarer qu’on est sain

Lors de l’avènement du Sida, c’était une maladie honteuse. C’était une maladie qu’on ne connaissait pas. Mais il faut comprendre que le Sida est comme toutes les autres maladies. Il faut un traitement de base pour permettre à la personne de se remettre en question et de profiter de la vie afin de participer au développement économique et social pour son pays. Le Sénégal a compris cela en se proposant de subventionner les antirétroviraux qui coûtaient cher. Ceux qui sont en contact avec le Sida peuvent se faire contrôler quand ils veulent sous l’égide d’un médecin. Aujourd’hui, dans toutes les structures sanitaires des régions ou des départements, il y a l’approche de proximité qui a été faite pour leur permettre de venir prendre leurs médicaments, faire la surveillance épidémiologique, prendre des conseils et autres.

La médecine traditionnelle contribue-t-elle au bien être des populations à Kaolack ?

Je ne peux pas répondre à cette question parce que je suis formé dans un système canonique et académique. Parler de médecine traditionnelle au Sénégal, c’est rentrer dans un système qui n’est pas encore bien défini dans nos murs.

De temps en temps, tu prends des feuilles pour te soulager. Mais quelle quantité faut-il prendre pour être soulagé ? C’est là le hic. Dix feuilles, trois feuilles, une feuille ?

Parce que dans notre sociologie, les gens, avant de fréquenter la structure sanitaire que je connais, ils pratiquent la médecine traditionnelle. Si une personne vient en appoint, je ne peux pas lui refuser de mettre son savoir à disposition des populations. Mais toujours est-il que c’est un choix. Quant à la tradition, il y a du bon et du mauvais. De temps en temps, tu prends des feuilles pour te soulager. Mais quelle quantité faut-il prendre pour être soulagé ? C’est là le hic. Dix feuilles, trois feuilles, une feuille ? C’est ça le problème de la médecine traditionnelle.

Si cette médecine soulage nos malades, tant mieux. Il appartient à l’État du Sénégal de prendre des décisions par rapport à cette médecine traditionnelle et de permettre à nos populations d’y  puiser  pour se soulager.

 

Crédit photo: Ministère de la santé du Sénégal

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