« Koungheul étouffe. Il n’y a plus d’espace pour réaliser des projets de développement », Daouda Diallo, adjoint au maire de Koungheul

Daouda Diallo

Daouda Diallo est adjoint au maire de Koungheul. Il préside la coopérative rurale pour un développement concerté de Koungheul (CORDEK).

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Extraits

Comment le découpage administratif, suite à l’acte 3 de la décentralisation, a affecté les projets de développement dans la commune de Koungheul?

Nous n’avons pas encore senti l’acte 3 de la décentralisation car la commune étouffe. Il n’y a plus d’espace pour réaliser des projets de développement. Nous sommes obligés de nous adresser aux communes de Fass Thiékène et de Ida Mouride pour ne serait-ce construire un magasin. C’est la superficie du village de Koungheul qui a été conservée pour la commune. Nous avions demandé une extension. Malheureusement, nous ne l’avons pas obtenu jusqu’à présent. Cela veut dire que nous avons de sérieux problèmes. Ce matin, je recevais des représentants du port autonome de Dakar parce qu’il est prévu de reconstruire une plateforme logistique en face du stade de Koungheul pour que les camions ne se garent plus au niveau du centre-ville mais qu’ils puissent se garer dans cet espace.

L’autre problème, c’est qu’il nous faut une voie de contournement de la ville pour que ces gros porteurs ne passent pas par ici et encombrent la rue s’ils n’ont pas besoin de manger, de se reposer ou de faire autre chose dans la ville. Malheureusement, si cela doit se faire, il va falloir s’adresser aux collectivités territoriales qui nous entourent parce que tout est habité dans l’espace qui appartient à la commune de Koungheul.

Nous avions mis en place des structures dans les quartiers mais celles-ci n’ont pas pu fonctionner parce que les gens se disent que ce n’est pas à eux de prendre soin de la propreté des rues

A notre niveau, l’acte 3 pose problème bien que nous ayons bénéficié de beaucoup de projets à l’intérieur de la ville. Il y a un tribunal qui a été créé, un commissariat verra le jour. Le bureau du trésor va également ouvrir une antenne au niveau de Koungheul. Tout cela, c’est grâce à l’acte 3 de la décentralisation que nous avons pu l’obtenir.

L’acte 3 de la décentralisation n’octroie-t-il pas un pouvoir aux élus locaux pour mettre en œuvre des projets d’envergure sans la tutelle de l’État?

Vous savez, quand il y a des problèmes fonciers, cela bloque beaucoup de choses. Les gens qui viennent pour investir sont bloqués par ce problème de foncier. Aujourd’hui, il y a tellement d’intervenants dans ce secteur. La collectivité ne peut pas à elle seule octroyer un terrain. Il faut beaucoup de démarches pour pouvoir y parvenir, et cela pose des problèmes énormes aux usagers.

Malheureusement, à chaque fois, c’est la collectivité territoriale qui est accusée alors qu’en réalité, elle n’en est pour rien. Il y a toute une procédure pour obtenir un terrain. Si une collectivité veut faire un lotissement, elle est obligée de fournir un dossier détaillé qu’elle envoie au ministère jusqu’à obtenir une autorisation. Si elle n’a pas d’autorisation, il ne peut pas y avoir de lotissements. Il y a un problème à résoudre à ce niveau pour les collectivités territoriales.

Cela aurait pu être une bonne chose si les gens pouvaient faire l’intercommunalité. Dans les collectivités territoriales, il y a souvent un problème de compétences qui se pose. Il y a le service de l’urbanisme, le service du cadastre et plusieurs autres services qui sont là et qui dépendent de l’État. Parfois, les collectivités territoriales n’ont pas les compétences requises pour ne pas dépendre de l’administration centrale.

Comment les citoyens contribuent-ils aux efforts des collectivités territoriales pour améliorer leur cadre de vie?

C’est vraiment difficile parce qu’il faut une grande sensibilisation pour que ce cadre de vie soit amélioré. Il y a eu plusieurs projets que nous avons mis en place pour l’assainissement mais jusqu’à présent, il y a des problèmes pour le ramassage des ordures. Nous avions mis en place des structures dans les quartiers mais celles-ci n’ont pas pu fonctionner parce que les gens se disent que ce n’est pas à eux de prendre soin de la propreté des rues. Il est facile de déverser de l’eau dans la rue, il est facile de mettre des ordures dans la rue. Nous avions fait de  sorte que dans chaque maison pratiquement, il y ait une poubelle, mais il y a peu de maisons qui respectent cela.

Dans les collectivités territoriales, il y a souvent un problème de compétences qui se pose

Quel est le potentiel de la ville de Koungheul?

La ville est d’abord un carrefour entre le Sénégal et le Mali. C’est la partie la plus visible, mais elle est aussi un carrefour qui mène vers la Guinée Bissau, la Mauritanie, et la Guinée Conakry. C’est aussi un carrefour d’échanges vers la Gambie parce que la Gambie est à 18 kilomètres de Koungheul. Sur le plan économique, Koungheul concentre autour de lui le bassin arachidier, mais à côté de cela, il y a la culture du mil, du sorgho, du maïs, etc.

Sur le plan culturel, la ville est cosmopolite. On retrouve presque 8 ethnies qui viennent de la sous-région. Et ces ethnies se sont tellement embrassées, se sont tellement mariées entre elles qu’on ne peut plus les distinguer facilement. Il y a des Peuls, des Wolofs, des Mandingues, des Sereer, des Diola, des Maures, des Kognagui, des Bassari, des Soninké, qui sont tous dans cette zone. Donc, sur le plan culturel, c’est tout un bouillonnement qu’il y a au niveau de Koungheul.

Crédit photo: WATU Digital Lab

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